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Échos de séances - "Je n'arrive pas à faire le deuil"

Par Caroline PICOU-NOLL, Thérapeute & Formatrice

Fondatrice de SOMA - La Biologie du Ressenti®



Décodage Biologie du Ressenti Caroline Picou-Noll

Que signifie 'faire son deuil' ?


Pourquoi est-ce si difficile d’accepter l’absence ou le renoncement ?


Faut-il oublier pour 'continuer à avancer' ?


Que devient le rôle que l'on tenait quand la relation prend fin ?


Comment le corps réagit-il quand le deuil ne peut se faire ?




Nous arrivons à ce moment particulier de l’année où tout ralentit, à l’extérieur comme à l’intérieur. L’automne s’installe, la lumière décline, les rythmes se resserrent. On touche à la fin de plusieurs cycles, et pour beaucoup, ce passage rend encore plus douloureux ce qui n’a pas été intégré.


Ce jour où l’on honore les défunts en est un reflet, tout comme cette année qui s’achève sous une vibration de clôture. Dans ce contexte où tout semble exacerbé, j’entends plus souvent en séance : « Je n’arrive pas à faire le deuil. »


Il s’agit parfois d’un proche décédé. Ou encore d’un animal si cher à notre cœur, d’un couple qui s’est défait, d’une maison qu’on a quittée, d’un travail qui s’est arrêté, d’un projet, d'une possibilité de vie qui s’est refermée.


« Ne pas réussir à faire son deuil » sonne comme un échec personnel. Comme si quelque chose n’avait pas été accompli, seul, qui plus est...


Pourtant, si l’on revient au mot lui-même, on trouve une nuance essentielle; le terme “deuil” vient du latin dolere, qui signifie souffrir. Le deuil, dans son sens premier, n’est pas une action à mener, mais un état : celui de la douleur ressentie après une perte. La langue anglaise distingue d’ailleurs trois niveaux : la perte elle-même (bereavement), l’état émotionnel qu’elle déclenche (grief), et le processus qui suit (mourning). En français, tout tient dans un seul mot, ce qui entretient la confusion entre état, vécu et cheminement.


Le deuil n'engage donc pas une “tâche” à faire. Il met en mouvement une architecture intime, une identité qui s’était structurée autour d’un lien, d’un rôle, d’un projet, d'un rythme, d’une place. Lorsque cet appui disparaît, c’est parfois tout l’équilibre qui vacille. La difficulté ne vient pas seulement de la douleur, mais de la chute du repère qui tenait l’ensemble.


Ce qui complique ce passage se repère bien en séance ; l'entourage, même animé de bonnes intentions, se montre parfois pressé de voir un retour à la “normale”. Il attend un signe perceptible que le deuil est derrière, comme une étape franchie une fois pour toutes. Cette question revient souvent : “Ça va mieux, maintenant ?” Elle peut sembler anodine, mais elle porte avec elle l’idée qu’il faudrait, tôt ou tard, “passer à autre chose”. C’est là que s’installe l’inconfort : on se retrouve à devoir donner des signes d’apaisement, alors qu’intérieurement, rien ne va.


Certaines paroles aussi, certains actes, restés en suspens. Des excuses jamais prononcées, des vérités retenues, un geste d’affection reporté, un « je t’aime » esquivé, une colère enfouie ou trop largement exprimée... Ils ne disparaissent pas : ils restent en attente. Ils reviennent sous forme de regrets, d’images récurrentes, de boucles intérieures qui ne trouvent ni réponse ni repos.


La fidélité aussi, qui s’exprime sous la forme d’une retenue : s’autoriser à rire, créer, imaginer autre chose, autrement, aimer à nouveau peut ressembler à une trahison.


Et bien sûr, le rôle qui était tenu ; enfant, partenaire, soignant, chef, appui, boussole, … qui marquait profondément la manière d’être. Quand ce rôle disparaît avec la personne ou la situation, il ne s’éteint pas d’un coup : il reste actif en soi, mais sans terrain où s’ancrer.


Dans ma pratique, j’observe aussi comment le deuil se raconte à travers le corps, qui donne des signaux très concrets; la cage thoracique se referme quand tout s’accumule sans issue; la respiration se réduit, comme pour protéger une zone en feu; le ventre se fige lorsqu’aucune “digestion” n’a pu commencer; le sommeil se fragmente dès que la mémoire rejoue, encore et encore, des scènes à peine modifiées, etc.


Ces états du corps ne sont pas des dysfonctionnements : ils signalent où la biologie compense, où le mouvement est resté pris. Le système continue parfois de fonctionner avec les anciens repères alors que la réalité extérieure n’est plus la même. Tant que cette mise à jour n’a pas eu lieu, le corps porte la tension entre ce qui a été perdu et ce qui n’a pas encore été réajusté.


Alice, la cinquantaine, célibataire, dit qu’elle “n’avance plus” depuis le décès de son père. En séance, il apparaît qu'au delà du lien affectif père-fille, son rôle auprès de lui structurait son rythme quotidien, et aussi son 'utilité' comme elle dit. Elle pleure bien sûr son père, mais pas seulement ; elle perd la fonction d’aidante qui soutenait son identité. Son corps parle pour elle : gorge serrée quand elle pense aux rendez-vous médicaux, douleurs dans le dos le week-end en particulier, moment où, d’habitude, elle portait tout pour deux.


Dans le cas de cette femme, un mouvement nouveau s’enclenche lorsqu’elle met de la conscience et des mots sur le rôle qu’elle occupait : celui de “pilier silencieux” auprès de son père. Ce rôle prenait toute la place, dans ses pensées, ses journées, même sa respiration. Il lui donnait un sens, une orientation, une identité.


Après le décès, ce rôle disparaît, mais son corps continue de l’assumer en veille : tout en elle reste en alerte, comme si on pouvait encore l’appeler. A présent, elle n’essaie plus de s’en débarrasser. Elle l’accueille. À chaque fois qu’elle sent sa respiration se bloquer, elle y voit le signe d’une posture ancienne qui cherche encore à exister. Et elle prend soin.. d'elle. Cela ne l'empêche pas de continuer à aimer son parent. Au contraire.


Le manque ne disparaît pas ; il cesse d’être le seul centre de gravité. Et le lien à l’autre peut se transformer, se renforcer plutôt que de se désagréger, être honoré.


Les deuils moins ‘visibles’ méritent la même attention; quitter une maison, par exemple, c’est perdre nombre de repères, tout un réseau d’appuis sensoriels : lumière, odeurs, parcours quotidiens ; quand une relation amoureuse ou amicale s’arrête, la présence de l’autre disparaît d’un coup. Mais à l’intérieur, tout continue comme si le lien existait encore. Le corps reste prêt à répondre, sans plus personne en face ; renoncer à un projet ou perdre une capacité du corps, c’est perdre un appui qui orientait le quotidien, parfois 'une partie de soi'.


Ces deuils n’ont pas toujours d’espace social pour être reconnus ; ils n’en sont pas moins difficiles.


Travailler le deuil ne signifie pas chercher un “après” à atteindre. Il s’agit d'accueillir sa peine, et de prendre conscience de ce qui, dans la relation perdue, faisait repère, soutenait l’identité. Puis de créer des appuis nouveaux à cet endroit exact. La précision compte plus que la quantité d’efforts. Quand la place est reconnue, le corps arrête de compenser à l’aveugle.


Quelques pistes d’exploration, volontairement courtes et ciblées :


  • Quelle part de moi ce lien soutenait au quotidien (fonction, rythme, valeur, rôle) ?

  • Où ce soutien se logeait-il dans mon corps (respiration, ventre, dos, gorge) et à quel moment de la journée cela se manifeste-t-il le plus ?

  • Quelle phrase est restée en suspens et à qui était-elle adressée, exactement ?

  • De quoi ai-je besoin pour que cette part retrouve un appui concret cette semaine (geste, limite, rituel) ?

  • Comment marquer la continuité du lien sans me retenir d’entrer dans la suite (un objet déplacé, une lettre non envoyée, une date que je transforme en point d’ancrage) ?


Des gestes simples d'intégration aident souvent davantage que des résolutions abstraites.


Dire « Je n’arrive pas à faire le deuil » désigne un endroit encore en attente. L’enjeu n’est pas d’effacer le manque, ni de forcer une étape. C’est de repérer ce qui n’a pas bougé, et de lui donner une forme juste, à sa mesure.


Ce que je vois en séance, ce sont des personnes qui ont longtemps porté, retenu, contrôlé même parfois. Et qui, un jour, sentent qu'elles n’arrivent plus à tout contenir. Ce jour-là, quelque chose bascule. La question n’est plus “comment faire disparaître ce qui pèse”, mais “que faire de ce qui persiste ? “. C’est souvent là que le mouvement commence vraiment.



Si ces mots résonnent pour vous, je vous souhaite de pouvoir accueillir ce qui cherche à s'exprimer, même si cela n’a pas encore de forme claire. Et si un accompagnement devient nécessaire, une séance peut offrir le cadre juste pour situer ce point de blocage, et ajuster le geste, sans jugement, sans forcer.


© 02/11/2025 par Caroline PICOU-NOLL - L'ATELIER DE L'ÊTRE - Tous droits réservés





"Écouter et éclairer ce que vous ressentez.​

Donner du sens à ce que vous traversez."

Caroline Picou-Noll


 

Décodage biologique et émotionnel des symptômes Caroline Picou-Noll

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